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Le soccer à vélo, ça vous dit?


Jouer au soccer sur deux roues sans poser pied à terre. C'est un résumé simpliste, on l'admet, du cycle-balle.

Et c'est probablement le sport le plus intrigant des Championnats du monde de cyclisme à Glasgow.

Un match de soccer, deux contre deux, sur un vélo, disputé dans un gymnase.

Le défi : marquer plus de buts que l’adversaire, évidemment, mais sans mettre un pied au sol pendant le jeu. Pour frapper le ballon, c’est avec la roue avant ou arrière, selon l’expertise et l’agilité du joueur.

Difficile à imaginer, non? Prenez le temps de regarder ces images :

Non, ce n’est pas un nouveau sport. Le cycle-balle a été inventé en 1893. Au Canada, ça demeure méconnu, pour ne pas dire inconnu.

Il semble qu’il n’y ait que deux licences émises au pays. Et les deux licenciés sont actuellement à Glasgow pour participer aux Championnats du monde.

Parce que oui, il y a un Championnat du monde de cycle-balle, chapeauté par l’Union cycliste internationale (UCI)… depuis 1930!

Et parole de Benoît Fisch et de Patrice Lavoie, les deux représentants canadiens aux mondiaux, ce sport est extrêmement exigeant.

C’est complet parce que c’est une stabilité corporelle qu’on doit avoir sur le vélo, explique Benoît Fisch, joint par Radio-Canada Sports. Le contrôle se fait uniquement avec le vélo. Tu ne peux pas mettre pied à terre. Tous tes muscles stabilisateurs travaillent tout le temps. C’est exigeant parce que tu tires sur ton guidon pour tourner, pour faire une passe, pour tirer. Et tu es tout le temps debout. Pensez à aller au travail en vélo tout le temps debout, c’est sûr que ça travaille dans les cuisses, ajoute-t-il en riant.

Il n’y a pas un muscle qui ne travaille pas, renchérit son coéquipier.

Ce sport n’est pas seulement exigeant physiquement, il demande une concentration constante.

C’est un jeu d’équipe. Une équipe de deux : un gardien de but et un défenseur, explique Fisch. Quand on se retrouve à l’attaque, on laisse notre but vide. C’est vraiment très traître comme jeu. Si tu fais la moindre erreur, tu te fais couper une passe, ton but est vide, c’est un but assuré. Il faut vraiment être un bon tacticien et ça demande un bon travail d’équipe.

Tu ne peux pas avoir un joueur étoile et un pion à côté, ajoute celui qui agit à titre de défenseur.

Aux mondiaux sans avoir joué depuis… 3 ans!

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Radio-Canada Sports

Benoît Fisch et Patrice Lavoie pratiquent le cycle-balle depuis une dizaine d’années. Et comme ils sont les seuls à détenir une licence au pays, le processus de qualification pour les mondiaux était assez simple : avoir une licence en règle et s’inscrire à temps.

Leur chance de podium à Glasgow est toutefois nulle. Le Canada est dans le groupe B, qui n’a pas accès aux médailles, seules les meilleures nations dans le groupe A peuvent y prétendre.

De toute façon, leur préparation n’est pas optimale.

On a décidé de faire un coup un peu risqué cette année. On s’est questionné Patrice et moi, est-ce qu’on le fait sans entraînement? Est-ce qu’on y va, est-ce qu’on prend ce risque? On n’a pas joué depuis trois ans, indique Fisch.

Ils n’ont pas joué depuis trois ans! Lorsque Radio-Canada Sports les a relancés pour être certain d’avoir bien entendu, il a éclaté de rire en hochant la tête pour confirmer que c’est bel et bien le cas.

Cette situation s’explique par l’absence de local dans la région de Montréal. Leur préparation pour Glasgow se résume à un camp d’entraînement d’une semaine en Allemagne.

Un entraîneur en Allemagne nous a proposé un camp d’entraînement à Francfort, avant les mondiaux, où ils étaient au moment de discuter avec Radio-Canada Sports.

Mes mains sont complètement détruites, mes genoux sont pleins de bleus, raconte Lavoie, après quatre jours d’entraînement. Derrière, son coéquipier ne peut s’empêcher de rire, conscient que la situation est inhabituelle et risquée.

À ce camp, Fisch et Lavoie affrontent des équipes de jeunes Allemands de 14 ans.

Ils sont vraiment meilleurs que nous, reconnaît Lavoie, sous les approbations de Fisch. À leur défense, les Allemands pratiquent le cycle-balle dès leur plus jeune âge et, surtout, régulièrement.

Des joueurs de cycle-balle s'affrontent.

Un match de Radball, comme on l'appelle en Allemagne.

Photo : Gracieuseté : kunstrad-klick.ch

Les deux Canadiens demeurent d’ailleurs très prudents lorsqu’on leur demande quels sont leurs objectifs. Mais au fil de la discussion, ils osent se lancer.

Gagner les matchs qu’on devrait gagner, répond Lavoie en précisant que ceux contre la Grande-Bretagne, la Malaisie et Hong Kong pourraient être à leur portée.

S’ils remportent ces trois matchs, sur les six disputés, Fisch et Lavoie feraient mieux qu’aux mondiaux de 2019, où ils avaient inscrit deux victoires, leur meilleure performance à ce jour.

La principale différence, c’est qu’ils s’étaient présentés à ce tournoi mieux préparés. Du moins, ils montaient leur vélo plus régulièrement.

On a joué deux fois par semaine pendant sept ans, mais souvent contre la seule équipe de notre niveau, précise Lavoie.

À cette époque, ils jouaient leurs matchs dans le sous-sol de l’église du Très-Saint-Nom-de-Jésus, dans Hochelaga-Maisonneuve, à Montréal.

Des joueurs s'affrontent dans un match de cycle-balle.

Un match de cycle-balle, au sous-sol de l'église du Très-Saint-Nom-de-Jésus, dans Hochelaga-Maisonneuve, à Montréal, en 2017.

Photo : Facebook/Cycle-balle Montréal

Depuis que la pandémie a frappé, il est impossible pour eux de trouver un local. Le principal obstacle qui se présente à eux : les gymnases sont réticents à accepter des vélos.

Malgré tout, ils ont couru le risque de participer à ces mondiaux.

Avec l’ampleur de ces Championnats du monde, qui couvrent tout l’univers du cyclisme, on devait être là. Cette participation, pour nous, donne une vitrine pour aller chercher ce fameux accès à un local et développer l’intérêt.

Seule équipe en Amérique

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LA CAGOULE

Fisch est présent aux Championnats du monde depuis 2011, mais c’est la première fois que Cyclisme Canada lui fournit un maillot officiel.

Avant, on portait des maillots que je trouvais sur Internet, dit-il.

L’équipe ne bénéficie d’aucun soutien financier de leur fédération nationale, elle ne soutient que les athlètes qui aspirent aux Jeux olympiques, leur a-t-on dit.

C’est un peu normal, étant donné le peu d’inscriptions dans notre sport, admet Fisch.

Toutes les dépenses sont à leurs frais : billets d’avion, hébergement, transport, etc.

Ils se présentent en Écosse avec un minimum d’équipement : leurs vélos, quelques pièces de rechange et leurs outils.

Quand toutes les autres équipes ont des vêtements de cérémonie, un entraîneur, un masso, plusieurs vélos de rechange, des pièces à la tonne, des fois on se sent un peu petits dans nos shorts, lance Lavoie, sourire en coin.

Avant d’ajouter, mais s’il nous manque quoi que ce soit, les autres nations vont nous aider. C’est une communauté tissée serrée.

Fisch et Lavoie comptent particulièrement sur le soutien de la fédération allemande. En plus de leur fournir un camp d’entraînement logés, nourris, elle leur a versé 1000 euros pour les aider.

Ils vont même jusqu’à dire que les Allemands les ont pris sous leur aile. Ils viennent voir nos matchs et nous encouragent en scandant : ''Canada'', précise Lavoie.

L’Allemagne, où l'on retrouve le plus grand bassin d’adeptes du cycle-balle, a un objectif bien précis.

Les Allemands veulent intégrer le cyclisme en salle, qui comprend le cycle-balle, aux Jeux olympiques, explique Fisch. Mais il y a un manque de participation des pays. Et ils aimeraient bien percer le marché américain. C’est une des raisons pour lesquelles ils nous aident.

On est la seule équipe dans toute l’Amérique, renchérit Fisch. Il n’y a aucune équipe américaine, mexicaine, ni sud-américaine.

Un local, avant tout

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Benoît Fisch et Patrice Lavoie sont deux passionnés du cycle-balle. Leur objectif est de faire connaître ce sport et de le développer au pays.

Tout passe par un local où s’entraîner, ce qu’ils n’ont pas en ce moment. Ils espèrent donc que la tribune que leur offrent ces Championnats du monde éveillera l’intérêt au pays.

C’est un sport tellement agréable. Il n’y a pas un sport qui m’a demandé autant d’énergie, qui m’a autant fait suer, conclut Fisch.

Fisch et Lavoie disputeront leurs six matchs le même jour, soit le vendredi 11 août. Après quoi, espèrent-ils, ils pourront transmettre leur passion au pays.

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Author: Jessica Nichols

Last Updated: 1703003282

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